Le Soir -- 1er avril -- Durbuy et l'apprentissage de la citoyenneté

 

Le Conseil consultatif primé, à Durbuy

Des jeunes à l'écoute des différences dans une citoyenneté responsable

Durbuy, la plus petite ville de Belgique? Durbuy, un coin où il fait bon vivre? Michel Dupont, président du Centre public d'aide sociale, ne rate jamais une occasion de nuancer ces lieux communs. D'abord, parce que depuis la fusion des communes, Durbuy est la sixième commune du royaume en ce qui concerne l'étendue du territoire. Ensuite, parce que l'entité connaît des difficultés propres aux zones rurales. Si la pauvreté est peu visible à Durbuy, elle est réelle et elle progresse. Insidieusement. Comme toutes les pauvretés. Nous commençons à connaître les problèmes de la ville avec retard, remarque le président du CPAS. On assiste depuis peu à une immigration en provenance de Liège. Des personnes en difficultés dans les villes se disent qu'elles seront mieux au vert.

Terrain de prédilection de Michel Dupont: les jeunes. On dit qu'ils n'ont pas de projet. Mais à qui la faute? Je suis frappé du manque d'information dont disposent les gens sur les mécanismes de décision de notre société. A force de réfléchir, Michel Dupont se convainc d'une chose pour faire évoluer les mentalités: il faut s'adresser en priorité aux jeunes. D'où la création, au début de 1990, d'un conseil consultatif des jeunes auprès du CPAS comprenant des représentants élus de tous les réseaux d'enseignement de la commune.

Rapidement, il apparaît qu'il faudra sortir des clichés traditionnels pour motiver les jeunes à prendre certaines choses en main. Nous sommes en février 1990, c'est la grande époque des convois de vivres à destination de la Roumanie. Un contexte favorable à la naissance d'une idée hors des sentiers battus: les adolescents vont monter un voyage dont le but sera de ramener en Belgique un groupe de jeunes Roumains.

En août 1990, les membres du conseil consultatif, un groupe de jeunes défavorisés et quelques adultes s'embarquent à destination de Benesti. C'est au cours de l'expédition que s'accomplit le déclic: les langues se délient, les jeunes de tel établissement scolaire se mettent à causer avec leurs collègues de tel autre établissement, les élèves du Sacré-Coeur parlent aux étudiants de l'IMP, le président du CPAS se met à jouer aux cartes avec les jeunes, les travailleurs sociaux se révèlent bien différents de ce qu'on pensait...

Le voyage en Roumanie, c'était fournir l'occasion aux jeunes de raconter quelque chose qui sort de l'ordinaire. Or, quand on sait dire des choses exceptionnelles, on sait dire plus facilement des choses moins exceptionnelles, commente Michel Dupont.

Aujourd'hui, le projet n'en finit plus d'épater ceux qui s'intéressent à cette problématique d'intégration des jeunes. Après avoir été primé par la Ligue des Familles en septembre dernier, il vient d'être retenu par la Fondation Roi Baudouin dans le cadre de son action «Exclure la pauvreté par la citoyenneté». Le programme vise à lutter contre l'exclusion en encourageant la reconnaissance sociale des personnes.

Bien plus que de l'argent, la Fondation Roi Baudouin vient d'apporter au projet tout le poids de sa reconnaissance morale. De quoi permette aux animateurs et aux adolescents de lancer de nouvelles pistes d'actions. Ainsi, un jeune est à présent invité aux réunions de l'association «Durbuy-Ville propre» tandis que d'autres proposent de recenser les maisons délabrées et de les transformer en logements pour jeunes. D'autres encore rêvent de retaper les bâtiments d'une ancienne laiterie pour en faire leur quartier général... Au bout du compte, tous s'attachent à construire un nouveau tissu social.

E. B.