Esclavage des Roumaines en Sicile -- 17 mars 2017

 

Esclavage des Roumaines en Sicile: "A part la mer et le travail, il n’y a rien. Juste la volonté du patron"

Entretien Maria Udrescu Publié le vendredi 17 mars 2017  dans le journal belge «  La Libre »  

 

Lorsque Silvia Dumitrache a émigré en Italie, à Milan, il y a six ans, elle a pris connaissance des conditions de travail pénibles de certaines Roumaines dans le pays). "J’ai constaté avec surprise qu’aucune association n’est dédiée à ces femmes. J’ai donc décidé d’agir, à mon niveau de simple citoyenne", explique-t-elle. C’est ainsi qu’est née, en 2011, l’Association des femmes roumaines d’Italie (Adri) qui a tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme face aux abus que subissent ces travailleuses.

Récemment, le "Guardian" a publié une enquête au sujet des Roumaines qui travaillent dans les serres de Vittoria, dans la province sicilienne de Raguse. Etiez-vous déjà au courant de leur situation ?

Oui, je suis déjà allée à leur rencontre pour découvrir leur vie, leurs conditions de travail. Les personnes qui travaillent dans les serres de Sicile sont totalement isolées. A part leur équipe et leur patron, il n’y a pas un seul autre être humain à 20 ou 30km à la ronde. A part la mer et les cellophanes qui couvrent les serres, il n'y a rien. Juste la volonté du patron. En plus, la Sicile est une autre Italie, disons. C'est une sorte d'Etat dans un autre Etat, qui a ses propres règles et où le crime organisé joue un rôle important. Beaucoup de Roumains qui se retrouvent dans cette région partent d’ailleurs à travers ce type de filières. Evidemment, les agences qui les placent dans ces lieux de travail ne sont donc pas des plus honnêtes.

Malheureusement, les Roumains en général ne sont pas informés, ils ne sont pas conscients des situations auxquelles ils s'exposent en ne respectant pas certaines règles. Parmi ceux qui demandent notre aide, beaucoup n'ont pas de contrat de travail ou toutes leurs heures ne sont pas déclarées, et on ne leur paye pas le salaire promis, par exemple.

Une fois en Italie, ils se retrouvent piégés. Si l’un ose dénoncer quoi que ce soit, l'alarme est lancée dans toute la zone et il ne trouvera plus de travail nulle part.

Est-ce que les travailleuses retournent en Roumanie une fois qu’elles sont soumises à l’exploitation sexuelle et physique ?

Généralement, non. D'abord, parce qu'elles n'ont pas d'argent pour retourner. Ensuite parce qu'elles éprouvent de la honte face à leurs voisins, à leur village. Elles devraient faire face à des questions du genre : "tu es partie et tu es revenue sans rien, pourquoi?". Vous savez, lorsque vous revenez, après un bonjour, la première chose qu'on vous demande c'est “avec combien d'argent es-tu rentré”. C'est culturel. Et puis, elles se sentent aussi coupables d'une certaine façon. Donc si c'est pour retourner pour ensuite revenir en Italie afin de gagner à nouveau de l'argent, elles ne voient pas l’intérêt. Elles sont donc assez désespérées et font des compromis de plus en plus grands.

Les autorités italiennes agissent-elles pour lutter contre ces abus ?

Je dois souligner que les médias italiens nous accordent beaucoup de soutien et de visibilité. Et ce même si nous dénonçons le fait que l'Etat italien ne fait pas son devoir à l'égard des citoyens qui travaillent sur son territoire. Les carabinieri se sont aussi saisis de l'affaire, ils ont déjà fait des descentes dans les serres de Ragusa. Mais ce sont des propriétés privées. Donc ils ont besoin d'un mandat pour y pénétrer. Or pour avoir un mandat, il faut une plainte et des preuves. Or les Roumains ne dénoncent pas.

Quid des autorités roumaines ?

Rien. Alors que je me suis battue pour les informer. Je suis allée en Roumanie, je me suis présentée plusieurs fois devant des secrétaires d'Etat ou des ministres. Personne n’a réagi aux communiqués expliquant nos actions ou à nos demandes de recevoir un soutien.

Une délégation roumaine est toutefois arrivée ce mercredi en Italie pour vérifier ces informations…

En effet. Mais les autorités roumaines se trouvant en Italie sont au courant de cette situation depuis des années. En 2008, les premières informations à ce sujet ont commencé à apparaître. Deux journalistes ont publié un livre intitulé “Voi li chiamate clandestini” en 2010. Et la polémique a explosé en Italie. A partir de là, le problème a commencé à être bien connu. En 2014, ProTV, une télévision roumaine, a diffusé des documentaires sur la question. Quand une femme raconte à la télévision que son patron a fait du chantage à son mari, en lui disant que toute l’équipe ne recevra pas le salaire s’il n’accepte pas qu’elle soit exploitée sexuellement, cela devrait suffire pour faire bouger les autorités. Celles-ci auraient dû considérer ces témoignages comme une dénonciation.

Paradoxalement, c’est en 2007 que la Roumanie est entrée dans l’UE. Cela n'a-t-il pas amélioré le sort des travailleurs roumains? 

Mais c’est justement ça qui a empiré les choses. Avant 2007, les Roumains avaient besoin de documents pour travailler en Italie. Ils laissaient donc une trace de leur passage sur le territoire. Mais depuis que la Roumanie fait partie de l’Union, ils peuvent rentrer en Italie et ne jamais en sortir sans que personne ne le sache. Voilà qui facilite les abus. En plus, comme beaucoup de Roumains sont venus d'un coup après 2007, automatiquement, la demande de travail a augmenté et donc cela a fait baisser les salaires. A Raguse, certains avaient mené une lutte syndicale avec les patrons des serres pour arriver à un salaire de 40 ou 50 euros par jour. Donc ils sont fâchés contre ces Roumains qui ont dérégularisé le marché de l'emploi, en acceptant même 20 euros de salaire par jour, par désespoir, par besoin, et par manque d'estime de soi.

Tout ça pour dire qu'on a ouvert les portes de la libre circulation à la Roumanie, mais cela n’a pas été accompagné d’une législation qui protège ses citoyens.

Il y a des débats aujourd’hui au sujet des travailleurs détachés…

Oui, mais qui se soucie vraiment des conditions dans lesquelles ces travailleurs se trouvent ? J’entends des discours qui n’évoquent que des chiffres, mais jamais des vies, des personnes. A la limite, on parle d’individus, mais jamais des familles qui sont brisées, des enfants dont les parents travaillent à des milliers de kilomètres dans des conditions atroces.

Et si l'Eldorado se trouvait à Raguse ... ( mis en ligne le 14/03/2017)

50 heures, c’est le temps que Nicoleta a mis pour rejoindre Raguse en Sicile à partir de Botosani en Roumanie

 

C’était il y a cinq  ans peut-être.

Aujourd’hui Nicoleta veut parler, raconter.

 

Le thème de la journée internationale du droit des femmes de cette année était : «  les femmes dans un monde du travail en évolution.».

Loin des fleurs et des chocolats,  OVR-WB vous offre une traduction libre d’un article de Lorenzo Tondo et Annie Kelly paru dans l’hebdomadaire «  The Observer » du 12 mars dernier .

 

 

… Tous les soirs, pendant près de trois ans, dans la province de Raguse en Sicile, Nicoleta Bolos s'est éveillée la nuit sur un matelas sale dans une dépendance d’une exploitation agricole, attendant le bruit des pas devant la porte. Au fur et à mesure que les heures s'écoulaient, elle se préparait à ce que la porte s’ouvre et à entendre le bruit métallique d’un fusil qu’on dépose sur la table avant de sentir le poids de son employeur s’abattant à côté d’elle.

La seule chose qu'elle craignait davantage que le bruit du pas de l'agriculteur devant sa porte était la perte de son emploi. . Alors, nuit après nuit, elle a enduré le viol et les coups pendant que son mari prostré, se saoulait à l’extérieur.
"La première fois, c'est mon mari qui m'a dit que je devais faire ça. Que le propriétaire de la serre où on nous avait donné du travail voulait dormir avec moi et que si nous refusions, il ne nous paierait pas et nous expulserait  », dit-elle.

"Je pensais qu'il était fou, mais quand j'ai refusé, il m'a battu. Il a dit que je devais faire tout ce que notre patron nous a dit de faire - c'était la seule façon que nous pourrions garder notre travail. Quand mon employeur est venu, il m'a menacé d'un fusil. Il m'a dit que si je bougeais, il me ferait sauter la tête. Quand il a eu  fini, il est parti. "
Le lendemain matin, Bolos était de retour au travail, s'accroupissant à côté de son mari dans une serre étouffante, entretenant et récoltant les produits qui ont contribué à faire de l'Italie le plus grand producteur et exportateur de fruits et légumes en Europe. La province de Raguse est le troisième producteur mondial de légumes européens.

 

 

 

 

Au cours de leur séjour à la ferme,  les travailleurs étaient mal logés, peu nourris et se voyaient refuser tout traitement médical. . La nuit, Nicoleta  et les autres travailleuses roumaines devenaient des divertissements pour le fermier et ses amis, violées et abusées à maintes reprises pendant de nombreuses années.
«Quand je suis arrivé ici, je pensais que j’allais avoir un travail dur mais décent  mais nous avons fini par être des esclaves», dit-elle.

Cachées parmi les champs de tentes blanches en plastique disséminés  à travers la province de Ragusa, 5000 femmes roumaines comme Nicoleta  travaillent comme ouvrières agricoles saisonnières. La façon dont elles sont traitées est en  violation croissante des droits de l'homme, perpétrée avec une impunité quasi totale.

 

Une main-d'œuvre féminine vulnérable

Une organisation italienne de défense des droits des migrants, l'association Proxyma, estime que plus de la moitié des femmes roumaines travaillant dans les serres sont contraintes à des relations sexuelles avec leurs employeurs. Presque toutes travaillent dans des conditions de travail forcé et d'exploitation sévère.
Selon la police, jusqu'à 7 500 femmes, majoritairement roumaines, vivent dans l'esclavage dans les fermes de la région. Guido Volpe, commandant de la police militaire des carabiniers de Sicile, a déclaré à The Observer que Raguse était le noyau central de cette exploitation.

«Ces femmes travaillent comme esclaves dans les champs et nous savons qu'elles sont condamnées à avoir  des rapports sexuels avec les propriétaires des fermes ou des serres en raison de leur assujettissement psychologique», dit-il. "Il n'est pas facile d'enquêter sur cela ou d’empêcher que  cela ne se produise car les femmes ont bien trop peur de parler."
Beaucoup de femmes roumaines laissent des enfants à charge dans leur famille restées au pays et se sentent obligées de faire des choix désespérés

« D'où je viens en Moldavie roumaine, personne n'a d’emploi », dit encore Nicoleta  alors qu'elle nourrit sa fille de cinq mois dans un entrepôt sombre d’une autre ferme toujours dans la province de Raguse. "Le salaire moyen y est de 200 € par mois. Avec cette somme, on peut faire beaucoup plus que chez nous  même si il faut souffrir pour les avoir "
The Observer a interviewé 10 femmes roumaines travaillant dans des fermes à Raguse. Toutes ont détaillé les agressions sexuelles de routine et l'exploitation avec des journées de travail de 12 heures dans la chaleur extrême et sans eau, le non-paiement des salaires et les conditions dégradantes et insalubres des dépendances isolées dans lesquelles elles doivent vivre .Leurs journées de travail incluent souvent aussi  la violence physique, la menace par les armes et le chantage aux menaces à l’encontre de leurs enfants et leurs familles.

La professeure Alessandra Sciurba de l'Université de Palerme a co-rédigé un rapport en 2015 très documenté sur les abus auxquels devaient faire face  les femmes roumaines en Sicile.

Elle dit que ces conditions difficiles empirent.
"Les femmes nous disent qu'elles doivent migrer pour essayer de préserver leurs enfants de  la misère en Roumanie et que la conséquence est qu'elles doivent vivre dans  des conditions terribles et subir des mauvais traitements en conséquence", dit-elle. "Il n'y a pas d'autre travail, nous disent ces  femmes. Elles ont l'impression d'accepter un  accord, d’avoir fait un choix conscient. Mais ce que nous avons vu n'est rien de moins que du travail forcé et de la traite d’êtres humains tels que définis par l'Organisation internationale du Travail. "

 

La procureure Valentina Botti instruit de multiples accusations d'agression sexuelle et d'exploitation à l’encontre des agriculteurs. Elle dit que l'abus des femmes roumaines est un «énorme phénomène».
«L'enlèvement, l'agression sexuelle et le maintien en esclavage sont trois crimes majeurs que nous trouvons dans nos enquêtes à ce jour», dit-elle.
"Nous parlons potentiellement de milliers de femmes roumaines victimes de ces graves sévices. Très peu de femmes racontent leur histoire. La plupart d'entre elles  acceptent l'abus comme le sacrifice personnel qu'elles  doivent faire si elles  veulent conserver leur emploi. La crainte de perdre le travail est dévastatrice pour beaucoup d’entre elles.  "

 

Eliza, une Roumaine de 45 ans, a déclaré à The Observer  qu'elle avait eu le sentiment de ne pas avoir le choix lorsque son nouvel employeur l'a emmenée dans un hangar lors de son premier jour de travail.
«J'ai essayé de fuir mais il m'a clairement dit que si je ne faisais pas cela, je devrais partir», dit-elle. «Cela faisait des mois que je n'avais plus de travail. J'ai réalisé que si je voulais rester en Italie, je devais accepter "
L'énorme augmentation du nombre de femmes roumaines qui, en Sicile, demandent des avortements est également alarmante pour les professionnels de la santé et les groupes de défense des droits humains. Selon Proxyma, alors que les femmes roumaines ne représentent que 4% de la population féminine de la province de Raguse, elles représentent 20% des avortements enregistrés

 

«Le nombre d'avortements parmi les femmes roumaines est très alarmant», explique Ausilia Cosentini, coordinatrice du projet Fari (assistance aux femmes roumaines dans une clinique). Elle dit que bon nombre des femmes se présentant  pour avorter  étaient accompagnées par leurs employeurs ou d'autres hommes italiens. "Bien que vous ne puissiez clairement conclure que toutes ces grossesses sont le résultat de violences sexuelles ou de peur de perdre leur travail, le nombre élevé d'avortements par rapport aux quelques milliers de Roumaines de la province doit être pris très au sérieux".
De plus, dans  certains cas, les conditions de travail sont très dangereuses. Une jeune Roumaine nous a dit qu'elle était malade lorsqu'elle était obligée de manipuler et de travailler avec des produits chimiques agricoles sans vêtements de protection. «J'ai dû manipuler des aliments couverts de pesticides et cela m'a rendu vraiment malade. Je toussais et je ne pouvais pas respirer ", dit-elle.

 

«J'étais enceinte et j'ai commencé à me sentir malade. Puis j'ai donné naissance à mon bébé alors que je n’étais enceinte que de cinq mois seulement.  Les médecins ont dit qu'elle était prématurée à cause du travail et qu'elle allait probablement avoir des lésions cérébrales à cause des produits chimiques. »

 

Ceux qui ont signalé ces abus aux autorités ont dit qu'après, ils n’ont plus trouvé de travail.
«J'ai travaillé avec mon mari dans les serres et le propriétaire voulait dormir avec moi», dit Gloria, 48 ans. «J'ai refusé et il m'a violée. Je l'ai signalé à la police, mais depuis, je ne peux plus trouver d’emploi.  Les autres propriétaires de ferme savent que je suis allée à la police et ils ne veulent pas que je travaille pour eux.

 

Finalement, les épreuves nocturnes de Nicoleta Bolos se sont révélées insupportables.  Elle a fui la ferme et son mari, mais s’et retrouvée sans travail et incapable d'envoyer de l'argent pour ses deux jeunes enfants en Roumanie. Au moment où ses amis avaient amassé assez d'argent pour lui payer son billet d'autobus pour rentrer chez elle , elle avait perdu la garde légale des deux enfants. Ils vivent maintenant avec l'oncle de son ex-mari et depuis,  elle n'a reçu aucune nouvelle. Pourtant, malgré les abus, elle est revenue travailler à Raguse, en prenant le bus à Botosani en Roumanie pour 50h de voyage la ramenant en Sicile et aux serres.

L'économie locale survit au travail des migrants
Les possibilités de travaux agricoles occasionnels à Raguse sont abondantes. Ces dernières années, les exportations italiennes de fruits et légumes frais ont augmenté et atteignent aujourd'hui 366 millions d'euros par an. Une grande partie de ces produits est cultivée dans les 5 000 fermes de la province de Raguse.
L'agriculture italienne dépend depuis de nombreuses années de la main-d'œuvre migrante. Un groupe d'agriculteurs, Coldiretti, estime qu'environ 120 000 migrants travaillent dans ce secteur dans le sud de l'Italie.
Après des années d'allégations néfastes aux exploitations car conduisant à une répression du gouvernement italien, les agriculteurs siciliens qui utilisaient des migrants sans papiers et des réfugiés venus par bateaux se sont tournés vers les travailleurs migrants de l'UE.

Le nombre de femmes roumaines qui se rendent en Sicile pour y travailler a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Selon les chiffres officiels, seulement 36 femmes roumaines travaillaient dans la province de Raguse en 2006 et cette année (2016), elles sont plus de 5 000. Les Roumains sont maintenant plus nombreux que les  Tunisiens dans les champs de Raguse.
«Les propriétaires de serres craignent maintenant d'être poursuivis pour faciliter l'immigration illégale en embauchant des sans-papiers», déclare Giuseppe Scifo, syndicaliste de la CGIL, le plus important syndicat d'Italie. "Les nouveaux objectifs d'exploitation visent donc les citoyens de l'UE, qui acceptent les bas salaires en raison de leur situation désespérée dans leur pays d'origine."
Gianfranco Cunsolo, président de Coldiretti à Raguse, dit qu'il n'a pas d'autre choix que de payer des salaires bas.

«L'exploitation des travailleurs à Raguse est également la conséquence des politiques de l'UE», dit-il. «Je ne veux pas justifier les actions des agriculteurs et des propriétaires de serres qui paient des salaires faibles aux travailleurs migrants, mais ces gens n'ont souvent pas d'  alternative s'ils veulent concurrencer les autres marchés européens.
«Quand il s'agit d'abus sexuels de travailleuses, il n'y a évidemment aucune excuse. Les gens qui le font doivent être arrêtés et emprisonnés. Les travailleuses sont les bienvenues  ici à Raguse et doivent être traitées de façon égale .Nous condamnons complètement cela. "
Selon la loi italienne, les exploitants agricoles doivent fournir aux travailleurs saisonniers des contrats officiels et un salaire journalier de 56 € pour une journée de huit heures. Pourtant, les femmes roumaines qui arrivent en Sicile trouvent souvent une réalité plus brutale.

 

"Les femmes roumaines sont payées trois fois moins que le salaire requis par la loi, et la plupart d'entre elles  n'ont pas de contrats juridiques," dit Scifo. Beaucoup de femmes interrogées par The Observer disent qu'elles sont rarement payées plus de 20 € par jour.
Pourtant, les autorités n'ont guère d'incitation politique ou économique à prendre des mesures et à mettre fin aux abus. Bien que la police affirme avoir eu des douzaines d'affaires ouvertes et des poursuites en cours, un seul agriculteur a été accusé et condamné pour avoir agressé des femmes roumaines.
«Le problème est que les agriculteurs ne sont pas des hommes riches», explique Scifo. «Si les propriétaires payaient à leurs travailleurs des salaires légaux, ils perdraient trop d'argent et toute l'économie agricole de la province imploserait. C'est pourquoi les autorités agissent peu et qu’il est si difficile d’obtenir la prise de mesures pour arrêter cela. "

Les tentatives de soulever la question au parlement italien restent floues. En 2015, la députée Marisa Nicchi a lancé une enquête parlementaire sur l'esclavage chez les travailleurs roumains à Raguse et a demandé au Premier ministre de lancer une enquête.
«Deux ans après, le gouvernement italien n'a pas encore pris de mesures», dit-elle dans son bureau parlementaire à Rome. «Mais nous n'abandonnerons pas. Ces crimes doivent cesser. "
A Raguse, des politiciens locaux disent qu'ils essaient d’aider les travailleurs roumains victimes d'abus. Giovanni Moscato, qui, en juin dernier, était maire de Vittoria, une ville de l'ouest de la province de Raguse, a déclaré que l'exploitation persistait parce que trop d'intérêts économiques  mais que la ville ouvrait une auberge pour abriter des femmes roumaines fuyant les violences de leurs employeurs.

 

 

Depuis son retour en Italie, Nicoleta Bolos a rencontré un Roumain et a eu deux autres enfants. Elle a signalé son employeur précédent à la police, et l'homme a été accusé d'exploitation du travail, mais  n'a pas encore été jugé.
Maintenant, dit-elle, elle est malade de l'abus. Elle a décidé de publier son histoire dans le but d'obtenir justice pour elle-même et pour les autres femmes roumaines prises dans un tissu d'exploitation et d'impunité. Assise sur une chaise en plastique fissurée avec son bébé dans les bras, elle parle de son logement. Les murs sont mouillés d’humidité et il n'y a ni chauffage ni eau courante.
«Regardez comment nous vivons. Mais c'est notre vie ici et je  ne vais plus perdre mes enfants. Ils sont la raison pour laquelle j'ai vécu cela, pourquoi je suis devenue une esclave », dit-elle. «C'était pour mes (premiers) enfants  que je devais laisser cet homme dans mon lit chaque nuit. Maintenant, je veux que les gens sachent que cela se produit  et que cela doit s’arrêter. »