Le Soir -- 25 février -- événement à Mons

La poursuite d’une aventure en solidaires

DUNSKI, CAROLINE

Page 18

Jeudi 25 février 2010

Ce dimanche, l’Opération villages roumains se relance à Mons. Un second souffle pour une nouvelle génération ?

Opération villages roumains : ce dimanche 28 février, une trentaine d’intervenants célébreront à Mons plus de vingt ans de transgressions citoyennes, semées dans une cave bruxelloise avec l’Opération villages roumains. Il y aurait matière à écrire tout un livre sur cette aventure politique, d’abord, humanitaire, ensuite, et solidaire, enfin. Gautier Pirotte, chargé de cours en socio-anthropologie à l’Université de Liège, avait d’ailleurs retracé l’épisode humanitaire roumain dans un livre éponyme publié par L’Harmattan en 2006.

Au départ de l’aventure, en 1988, il y a Roumanie, le désastre rouge, le reportage de Josy Dubié diffusé sur la RTBF d’abord, sur Antenne 2 ensuite. Les téléspectateurs y apprennent notamment l’existence du « plan de systématisation rurale » que Nicolae Ceausescu, le mégalomaniaque dictateur roumain, entend réactiver en rasant 8.000 villages pour déporter leur population dans des centres agro-industriels et mettre un terme à l’autonomie paysanne. C’est au cours d’une conversation de bistrot que Paul Hermant et Eric Masquelier se posent la question d’une opposition efficace à ce projet. « Toutes les interventions d’instances internationales pour protester contre le plan se heurtent alors à une fin de non-recevoir. La contestation ne pouvait pas venir par le haut. La seule cellule politique utilisable était la commune, parce qu’elle permet de multiplier les intervenants sur un débat, raconte Paul Hermant. Nous avons fait le pari d’ouvrir un front plus large face au pouvoir central et centralisateur en l’interpellant de façon capillaire. » L’idée est de proposer aux communes, premiers maillons de la démocratie, d’adopter un village roumain menacé par le plan et d’en avertir les autorités roumaines.

Très vite, une douzaine de personnes qui ne se connaissent pas toutes forment un groupe où chacun a une tâche en fonction de ses compétences. « Un peu la même technique que dans le film Ocean’s Eleven », plaisante Paul Hermant. Opération villages roumains est née. Mais à l’époque, internet n’existe pas. Il y a seulement l’apparition simultanée des premiers ordinateurs individuels, des photocopieuses de bureau et des télécopieurs. La première action du petit groupe consiste à créer des fichiers informatiques avec la liste des communes belges, le nom des bourgmestres et leur couleur politique. Ne disposant pas d’argent pour envoyer un courrier leur suggérant d’adopter une commune roumaine, « les douze apôtres » apportent dans chaque parti des boîtes à chaussures contenant des lettres adressées à transmettre aux bourgmestres affiliés. « Le simple fait d’avoir le tampon du parti sur l’enveloppe créditait l’opération. »

OVR est officiellement présentée lors d’une conférence de presse organisée à l’International Press Centre (IPC) à Bruxelles en février 1989. « Tous les correspondants de la presse étrangère étaient là ! » L’idée se popularise et des coordinations naissent un peu partout en Europe pour réunir les comités qui s’organisent dans les communes. Quand le dictateur roumain est renversé le 22 décembre 1989, un an jour pour jour après la première réunion qui s’est tenue dans la cave de Paul Hermant devenue le QG d’OVR, 2.200 communes de 14 pays ont adhéré à la coordination internationale. Les listes d’adoption sont transmises par fax à Radio Free Europe dont les émissions sont captées en Roumanie.

Laissez-passer

Si OVR tient à rester dans le champ politique, en janvier 1990, un épisode humanitaire qui n’avait jamais été imaginé au début voit le jour. Après la « révolution roumaine », les frontières sont ouvertes et des convois de camions chargés de vivres, de médicaments et de matériel partent pour la Roumanie. « Les événements nous dépassaient, il fallait les organiser. Nous nous sommes alors mués en une autre sorte d’association. » Chacun au sein de la coordination fait jouer ses relations. Qui pour obtenir le plein gratuit de carburant auprès des stations PetroFina à la sortie de la Belgique et de l’Autriche, qui pour que les quelque 900 à mille véhicules se trouvant en même temps sur les routes soient gratuitement assurés par Touring assistance.

Michèle Dujardin, prof de latin et de grec, part en Roumanie pour la première fois le 12 janvier 1990. Avec une amie, elle prend sa propre voiture pour amener du matériel scolaire à Gura Cornei, le village adopté par Yvoir dont elle est citoyenne. « Nous étions très bien épaulées par OVR à qui nous faisions rapport du cheminement tous les 500 kilomètres. On se sentait vraiment en sécurité. » Pour permettre à tous ces volontaires de traverser les frontières, OVR fournit même un « laissez-passer de frontières ». « C’était un papier rédigé dans toutes les langues, tamponné par le cachet de la commune de départ, par le nôtre et par tout poste de frontière franchi, sans aucune sorte de contrôle. Une idée magnifique, mais totalement illégale », s’amuse Paul Hermant.

Construction

Avec deux autres journalistes d’Antenne Centre, la télévision communautaire où il travaille toujours, Michel De Backer couvre alors le départ d’une dizaine de camions de La Louvière avec un des premiers convois. C’est son premier contact avec la Roumanie. « Il n’y avait rien dans les dispensaires, les épiceries, les étables… » Aujourd’hui président des coordinations francophone et germanophone d’OVR, il reconnaît que les comités locaux en tant que tels ne sont plus très actifs et reposent sur des relations amicales entre Belges et Roumains. Après l’engouement médiatique suscité par l’élan humanitaire, OVR a pourtant connu une phase intéressante de construction de projets en partenariat. Ovidiu Dranga, ambassadeur de Roumanie en Belgique, souligne aujourd’hui l’empreinte unique laissée par OVR sur la coopération décentralisée.

Le projet de tourisme rural bien développé maintenant est la première émanation d’un des ateliers de la démocratie locale où toutes les associations de la société civile roumaine ont pu déterminer les priorités. D’autres projets sont toujours soutenus par une quinzaine de comités restés actifs, mais réduits, par endroits, à un tout petit noyau de personnes. C’est que le second souffle tant attendu par les pionniers et la transmission aux nouvelles générations nécessite un devoir de mémoire et, ce qui a fait la force d’OVR au début, l’intérêt des médias.

La mesure des possibles

Dimanche 28 février

De 10 à 18 heures.

Carré des associations

Rue des Arbalestriers, 8 à Mons (entrée par la rue du Gouvernement)

www.lamesuredespossibles.org

Yvoir

des opérations d’aujourd’hui appelées à durer

Michèle Dujardin est un peu le comité OVR d’Yvoir à elle seule. L’enseignante n’a jamais cessé de se rendre à Gura Cornei, Rosia Montana et Bucium pour y apporter ce dont les villageois ont besoin. Aujourd’hui, elle est mobilisée par l’urgence : une firme canadienne fait pression sur les habitants de ces villages pour qu’ils vendent leur maison afin de développer un projet d’extraction aurifère. Il ne reste déjà plus qu’une centaine d’habitants sur les 700 à 800 villageois qui vivaient là et Michèle Dujardin tente de les convaincre de ne pas céder aux énormes pressions. « Il y a tant de choses à faire. Ce qui est à notre portée, c’est de montrer qu’on est là. »

Ecaussines

En janvier dernier, une délégation de sept personnes est partie d’Ecaussines pour rejoindre Sacueni pour

En janvier dernier, une délégation de sept personnes est partie d’Ecaussines pour rejoindre Sacueni pour fêter le 20e anniversaire du premier convoi qui est arrivé sur place le 24 janvier 1990. Chaque été au mois d’août, une « Rencontre des jeunes d’Europe » est organisée dans la commune hainuyère sous la forme d’un séjour linguistique et les jeunes logent chez l’habitant. « C’est la version moderne d’OVR », commente Claude Surleraux qui explique aussi que chaque année, pendant les vacances scolaires, deux ou trois jeunes Belges vont faire un stage de peinture auprès d’artistes roumains.

Waterloo

« Sporidarité », qui a succédé à l’association « SOS Roumanie », développe aujourd’hui essentiellement

« Sporidarité », qui a succédé à l’association « SOS Roumanie », développe aujourd’hui essentiellement des actions de soutien à des écoles dans cinq pays différents. Outre Gornesti en Roumanie, il y a Long-Nhy au Vietnam, Poulga au Sénégal, Loma dans les Philippines et « La clef des champs », une maison d’enfants de Waterloo, qui chaque année bénéficie d’une location de vacances en Ardenne ou à la mer. Comme son nom l’indique, l’association passe par l’organisation d’activités sportives, tels les 13.000 yards de Waterloo programmés ce 20 mars, pour récolter les fonds nécessaires. (Infos : 02-354.69.23)

Trois-Ponts

Cette commune des Ardennes a adopté Ghidut, un petit village de montagne, inaccessible en camion. « Au

Cette commune des Ardennes a adopté Ghidut, un petit village de montagne, inaccessible en camion. « Au début, les habitants étaient très méfiants. Pendant 50 ans, ils n’avaient pu parler à des étrangers. Puis, nous avons installé un téléphone pour leur permettre de communiquer avec Lazarea, le village voisin et ils ont pris confiance, raconte Simone Boulanger. Il faut se mettre à l’écoute des gens, pour rester dans la durée et nous adapter à leurs besoins. » Ainsi, depuis 10 ans, la population exprimait le souhait d’acquérir une ancienne maison traditionnelle pour la réhabiliter et y loger les touristes. La maison a été achetée l’année dernière.